La Maison Carlhian
(1867 - 1975)

La famille Carlhian fut à l'origine d'une célèbre maison de décoration intérieure installée à Paris, qui se spécialisa dans la reconstitution d'intérieurs dans la plus pure tradition du 18ème siècle français. La fondation de cette maison remonte à 1867, date à laquelle Anatole Carlhian et son beau-frère, Albert Dujardin-Beaumetz, fondent la société de commission d'exportation "Carlhian & Beaumetz" située à Paris au numéro 30 de la rue Beaurepaire, près de la place de la République. 

Dans un premier temps, ils se contentent d'effectuer des achats pour le compte de leurs clients pour se spécialiser, ensuite, dans la reproduction de meubles français du 18ème siècle. La galerie londonienne Duveen Brothers devient rapidement l'un de leurs clients les plus importants, faisant appel à "Carlhian & Beaumetz" comme intermédiaire pour mener ses transactions sur le marché français, à l'exclusion de celles concernant les objets d'art et les antiquités. C'est Duveen Brothers qui les recommande, également, au futur roi d'Angleterre, Edouard VII, pour la conception de son trône, en vue des cérémonies de son couronnement...

Anatole Carlhian et Albert Dujardin-Beaumetz meurent respectivement en 1904 et en 1906, laissant l'entreprise aux fils d'Anatole, Paul, âgé de 31 ans et à son frère André, 23 ans. Les frères rebaptisent l'entreprise du nom de "Carlhian & Cie" et la transfèrent au numéro 24 de la rue du Mont Thabor, sise entre la place Vendôme et la rue de Rivoli. Les ateliers de menuiserie, de peinture et de papier peint sont, quant à eux, situés avenue Rapp, à proximité du Champs de Mars.

Sous l'impulsion de Joseph Duveen, tout en bénéficiant de ses commandes et de son soutien, "Carlhian & Cie" se lance dans le commerce de la récupération de matériaux anciens provenant de châteaux ou d'hôtels particuliers, faisant de l'acquisition et du commerce de boiseries une nouvelle spécialité.

En 1914, mobilisés, les deux frères Carlhian partent au combat. Paul est tué en août 1914, laissant André diriger seul l'entreprise familiale (en leur absence, c'est l'architecte d'intérieur français René Sergent (1865 - 1927), qui prit les rênes de l'entreprise, afin de la maintenir en activité).

A la fin de la guerre, en 1918, l'entreprise est transférée au numéro 6 bis de l'avenue Kléber, près de l'Etoile, s'étendant ainsi jusqu'à la rue de Lauriston pour les besoins de ses ateliers. Cette extension offre l'avantage de pouvoir abriter dans les mêmes espaces les bureaux d'affaires, le bureau d'étude, les ateliers de peinture, de papier peint, de menuiserie et d'ébénisterie, ainsi qu'un laboratoire photographique. C'est également dans ces mêmes locaux, que le très important fonds de documentation nécessaire à leur activité est conservé, y compris une bibliothèque, ainsi qu'une exceptionnelle collection de sièges d'époque pouvant être utilisés à des fins de reproduction, des peintures murales en papier peint du 19ème siècle et des tissus d'ameublement. Les locaux servaient, également, de salles d'exposition pour présenter toutes les boiseries et décorations diverses qui constituaient  la partie la plus importante du stock.

A cette époque, Carlhian compte une trentaine d'employés. Sous la direction d'André, l'entreprise appelée désormais la "Maison Carlhian" bénéficie d'une notoriété internationale. En 1925, la Société "Ateliers Carlhian" est créée, chargée de gérer les ateliers de peinture et de papier peint. Elle est d'abord située au numéro 3 de la rue Lauriston, puis sous le nom de "Société d'études et de décoration " au numéro 29 de la place du Marché Saint-Honoré. "Carlhian Exportation" (1925 - 1961) est créée pour gérer les succursales et les filiales se trouvant à l'étranger : "Carlhian de Paris à New-York" (1907 - 1939, 1947 - 1953), une succursale à Buenos Aires établie en association avec Frères Block (1909 - 1916), et une succursale à Londres en association avec Wildenstein (1945 - 1966). Une succursale avait été créée pendant la seconde guerre mondiale dans le sud de la France, à Cannes.

En 1938, André Carlhian quitte l'avenue Kléber pour s'installer dans de grands locaux au rez-de-chaussée et en sous-sol au numéro 22 de la place Vendôme, où il restera jusqu'en 1953. 

Après la seconde guerre mondiale, la Maison Carlhian aidera le gouvernement des États-Unis à décorer et meubler ses nombreuses ambassades. 

En 1953, alors qu'André Carlhian continue en tant qu'antiquaire, ses deux fils, Robert et Michel, fondent la firme "R & M Carlhian" située au numéro 73 du quai d'Orsay, afin de poursuivre leur activité. En 1975, peu avant la disparition de Michel Carlhian, les deux frères décident de cesser leur activité.

Source : The Getty Research Institute, Los Angeles
              Carlhian (Firm) records, 1867 - 1988
              Acquired in 1993

  Les archives de la Maison Carlhian (1867 - 1988) ont été acquises par l'Institut de recherches du Getty (The Getty Research Institute), en 1993. 

Elles couvrent plus d'un siècle d'activité de cette célèbre maison de décoration basée à Paris depuis sa fondation en 1867 jusqu'en 1975, date à laquelle elle cesse ses activités. Elles comprennent des registres, des livres de stock, des documents commerciaux, de la correspondance, des photographies, des échantillons de tissus, des plans et des dessins de meubles qui contribuent à illustrer les innombrables projets d'aménagement ou de décoration, que l'entreprise a mené, tant depuis son siège parisien que depuis ses succursales basées à Londres, New-York ou Buenos Aires.

La correspondance avec les clients, les sous-traitants, les ateliers et les différentes succursales atteste de l'importance de l'activité quotidienne de l'entreprise, tandis qu'un fonds important de photographies et de dessins permettent de visualiser les travaux effectués dans les résidences de sa très nombreuse clientèle à travers l'Europe, l'Amérique latine ou les États-Unis. Avec les maquettes en bois, en carton ou en papier, tous ces documents offrent une vue détaillée d'intérieurs habillés de lambris, de tissus ou de papiers peints panoramiques, autre spécialité de la Maison Carlhian...

 CHAPUIS Jean-Joseph

1765 - 1864

Jean-Joseph Chapuis est un important ébéniste bruxellois, né à Bruxelles en 1765.

C'est à Paris, où il est formé, qu'il accède à la maîtrise, ce qui lui permet d'apposer son estampille.

Il installe un atelier dans sa ville natale, vers 1795, où il demeurera en activité jusqu'en 1830.

En 1806, il est chargé de l'expertise du mobilier du Palais de Laeken, pour lequel il fournit, également, de nombreux meubles.

Généralement élégants, ses meubles sont souvent enrichis d'incrustations de cuivre et d'ébène très caractéristiques.

Il figure dans les Almanachs du Commerce sous l'Empire et, cela, jusqu'en 1824.

Il meurt à Bruxelles, presque centenaire, en 1864.

 

Musées

- Musées Royaux d'Art et d'Histoire - Bruxelles

- Musée Charlier de Saint-Josse-ten-Noode - Bruxelles
(Sélection de meubles achetés par le collectionneur Joseph-Adolphe van Custem, en 1865, lors de la vente après décès de l'ébéniste)

 

Bibliographie

"Le Mobilier Français du XIXe siècle"
  Denise Ledoux-Lebard
  Éditions de l'Amateur - 1989

"Le Mobilier de l’Ébéniste Jean-Joseph Chapuis
  aux Musées Royaux d'Art et d'Histoire à Bruxelles"
  Anne-Marie Bonenfant-Feytmans
  Bulletin des Musées Royaux d'Art et d'Histoire - 1986 (volume 57, fascicule 1)

 CARRE Louis-David
1718 - 1779

Reçu Maître, le 31 décembre 1748


Louis-David Carré est né à Châtellerault en 1718 et mort à Paris, le 31 août 1779.
Il est le fils de Jean, horloger, et d’Élisabeth Delafons, belle-sœur du célèbre horloger Julien Le Roy. Il est marié à Thérèse, fille de Pierre II Le Roy.

Apprenti de Julien Le Roy (1743), il est reçu Maître, le 31 décembre 1748 par privilège des Galeries du Louvre et arrêt du Conseil du 28 février 1748. Il est successivement installé Rue du Four (1750), puis Rue Dauphine (1755).

Horloger très actif, il produisit de très beaux mouvements, peu de pendules, et quelques montres en association avec son beau-père signées "Pierre Le Roy et Carré".

Parvenu rapidement à une grande aisance, il achète l'Hôtel de Mouÿ, Rue Dauphine, en 1755, pour la somme de 100.000 livres.

Il utilisa des caisses de J.J. de Saint-Germain et de Osmond.

Il eût comme clients les ducs de la Rochefoucauld, de Chaulnes, de Bouillon et les marquis de Saint-Simon et d'Espagnac.

 

Bibliographie

"Les Ouvriers du Temps"
  Jean-Dominique Augarde
  Antiquorum Editions - 1996


"Le Dictionnaire des Horlogers Français"
  Editions Tardy - 1972


 Les BERNARD
 

Nicolas BERNARD
vers 1713


Reçu Maître en 1742

 

Frère aîné de l'ébéniste Pierre Bernard, il travaille d'abord comme ouvrier libre rue du Faubourg-Saint-Antoine puis, après réception de la maîtrise, s'établit rue du Faubourg-Saint-Martin à l'enseigne de "La Tour de Malines".

Le comte de Salverte lui attribue le monogramme N.B. figurant sur plusieurs commodes galbées dans le goût de la Régence, dites "en tombeau".
Certains de ces meubles présentent d'indéniables qualités de fabrication.

 
Pierre BERNARD
vers 1715 - 1770

 
Cousin germain du menuisier prénommé Pierre, comme lui, il apprend le métier d'ébéniste chez son oncle, Pierre Amour Bernard, puis commence à travailler avec son frère Nicolas dans un immeuble à l'enseigne du "Coq d'or", grande rue du Faubourg-Saint-Antoine. En 1744, il ouvre son propre atelier dans la même rue et reçoit un brevet d'"ébéniste privilégié du Roi suivant la cour".
François de Salverte cite quelques meubles Louis XV de belle qualité, dont un bureau plat et une coiffeuse, cette dernière aux bronzes frappés des armes royales. Ces meubles sont mentionnés sous le nom de Bernard dans plusieurs catalogues de vente de grandes collections comme celle du peintre François Boucher en 1771 et celle de Blondel de Gagny en 1776.
 
Dans la production de Pierre Bernard figurent quelques meubles Louis XV passés en vente publique, telle une poudreuse marquetée de fleurs dans des encadrements en placage d'acajou (New York, 10 avril 1959), une commode en placage de palissandre à réserve de bois de rose marquetée de fleurs (Paris, 4 décembre 1987) et un régulateur en marqueterie et bronzes rocailles (Sceaux, 24 mai 1987).
 
Pierre BERNARD
vers 1730 - 15 octobre 1788

Reçu Maître, le 24 janvier 1766


Son père, Pierre Amour Bernard (comme d'autres membres de sa famille, en particulier son cousin germain prénommé également Pierre), était ébéniste. Bien qu'établi dans le faubourg Saint-Antoine, fief des ébénistes, il sera menuisier. Dans son atelier rue de Lappe, où se déroulera toute sa carrière, il fabrique exclusivement des sièges. Il semble avoir compté, parmi ses clients, quelques riches collectionneurs, dont le marquis de Laborde au château de Méréville.

Le sculpteur Charles Joigny est cité pour avoir participé à l'ornementation de ses ouvrages. On connaît notamment, de Pierre Bernard, des fauteuils à la reine et des cabriolets ornés de fleurettes, qui se caractérisent parfois par des lignes ondulantes.
Le musée des Arts décoratifs possède deux fauteuils cannés de style Transition, d'une conception, en fait, très Louis XVI, où le style Louis XV n'apparaît, pour l'un, que dans le dossier galbé en cabriolet et dans les accotoirs et, pour l'autre, uniquement dans les accotoirs.
 
Quant aux modèles Louis XVI de Pierre Bernard, ils présentent, dans leur classicisme, une très grande rigueur d'exécution. Des fauteuils à la reine, qu'ils soient à dossier carré, en anse de panier ou en écusson, se caractérisent par leurs formes nettes, bien équilibrées, et leur sculpture simple mais incisive (rubans enroulés, piastres, rangs de perles, feuilles d'eau, cannelures rudentées). Plus originaux mais tout aussi soignés dans leur fabrication, les six fauteuils, les quatre chaises et la bergère vendus à Paris en 1977 sont pourvus d'un dossier plat à pans coupés. 
 
Une grande qualité caractérise également la paire de bergères à dossier carré et pieds à cannelures torses vendue à Paris en 1998 avec la collection Jacqueline Delubac, ainsi que le rare ensemble de six fauteuils à la reine à haut dossier arrondi, en bois délicatement sculpté de feuilles de laurier, acanthes et piastres, vendu à Paris le 5 avril 2000.
 
Bibliographie
 
"Les Ébénistes du XVIIIe siècle"
Comte François de Salverte
F. De Nobele, Paris - 1962

"Le Mobilier Français du XVIIIe siècle"
Pierre Kjellberg
Les Éditions de l'Amateur - 2002

 

Les BAILLON

Une dynastie de quatre générations de Maîtres Horlogers


1ère génération


Jean-Baptiste ou Jean BAILLON
dit Jean-Baptiste 1er

Horloger à Rouen mort un peu avant 1700. Sa veuve est citée, à Paris, en 1700 Place Dauphine à l'enseigne de "A la Belle Image" et, en 1704, Cloître Saint Nicolas du Louvre.

De cette union, naît Étienne, Jean-Baptiste-Denis et Albert-Vincent. 


2ème génération 


Albert-Vincent BAILLON
(Rouen 1675 - Paris 23 mars 1753)

Reçu Maître, le 6 juin 1709

Fils de Jean-Baptiste 1er, Horloger à Rouen.

Marié à Marie-Charlotte de Vaucourt Compagnon chez son frère Jean-Baptiste-Denis (1700).

Il est cité rue des Boucheries-Saint-Germain (1708), rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés (1727), puis rue de la Comédie Française (1748).


Etienne BAILLON
(Rouen 1677 - Paris avant 1748)

Fils de Jean-Baptiste 1er,  Horloger à Rouen.

Marié à Marie-Thérèse, fille et petite-fille des peintres Jean-Baptiste Blin de Fontenay et Jean-Baptiste Monnoyer, il est le père d'Etienne-Mathieu.

Apprenti d'Isaac, puis de Jacques Thuret aux Galeries du Louvre, où il ne résida qu'en cette qualité, il est reçu Maître à Paris. 

Il est cité rue des Orties (1708) et rue de Richelieu (1714).


Sa veuve poursuivit un temps son activité puis se retira à Saint-Germain-en-Laye.
Il utilisa des caisses de F. Goyer.
Parmi ses clients figurait le prince de Chimay.


Jean-Baptiste II Denis BAILLON
(mort à Saint-Germain-en-Laye, le 17 avril 1757)

Fils de Jean-Baptiste 1er,  Horloger à Rouen.

Marié à Geneviève Jacquin et père de Jean-Baptiste III
Reçu Maître à Paris, il est cité dans cette même ville Place Dauphine à l'enseigne de "A la Belle Image" (1700).


3ème génération


Etienne-Mathieu BAILLON
(mort à Paris, le 30 novembre 1752)

Fils d’Étienne (Rouen 1677 - Paris avant 1748)

Il est reçu Maître à Paris, le 13 juillet 1748 et est cité, dans cette même ville rue de Richelieu (1748).


Jean-Baptiste III Albert BAILLON
 (mort, le 28 avril 1772)

Reçu Maître, le 14 juillet 1727


Fils de Jean-Baptiste II Denis.

Marié à Elisabeth Bazire, puis à Marie-Elisabeth Delaporte (1763), il est le père de Jean-Baptiste IV Albert.

Il est reçu Maître, le 14 juillet 1727, puis nommé successivement Valet de Chambre-Horloger Ordinaire de la Reine, en survivance (1738), et au titre après le décès de Claude Martinot (1744) ; Premier Valet de Chambre de la Reine (avant 1748), puis Premier Valet de Chambre et Valet de Chambre-Horloger Ordinaire de la Dauphine Marie-Antoinette (1770).

Il est cité Place Dauphine (1738), puis rue Dauphine (après 1751).

Jean-Baptiste III Baillon parvint à une très grande aisance, son actif était de 384.000 livres en 1772.
Sa collection d'objets d'art et de tableaux fut vendue le 16 juin 1772. 

Dominant sa lignée, il fut l'un des plus importants horlogers du XVIIIe siècle, non par ses recherches personnelles, mais par l'étendue de son commerce. En 1753, Berthoud décrit ainsi son établissement : "Sa maison est un Magasin de l'Horlogerie la plus belle et la plus riche. Le Diamant sert non seulement à décorer ses Montres, mais même des Pendules. il en a fait dont les Boetes étoïent de petit Cartels d'Or, ornés de fleurs de Diamans imitant la Nature...Sa maison de St-Germain est une espèce de Manufacture. Elle est remplie d'Ouvriers continuellement occupés pour lui...puisque lui seul fait une bonne partie de l'Horlogerie [de Paris]". Cette manufacture privée sise à Saint-Germain-en-Laye, longtemps dirigée par Jean Jodin, fut la seule de son espèce au XVIIIe siècle. Baillon la ferma vers 1765. 

En 1772, son stock fut évalué à 55.970 livres. Il comportait 126 montres finies d'une valeur totale de 31.174 livres, dont la valeur s'échelonnait de 92 à 3.000 livres, 127 mouvements de montres terminés, ou à finir, pour 8.732 livres, 86 pendules, 20 mouvements de pendules, 7 boîtiers de marqueterie, 1 de porcelaine et 8 de bronze dont 7 à l'éléphant pour 14.618 livres. La numérotation des mouvements de montres avait atteint le chiffre 4320et celle des mouvements de pendules celui de 3808. Ce fonds fut dispersé aux enchères les 23 février 1773 et jours suivants.

Il utilisa des caisses des Caffieri, de J.B. Osmond, J.J. de Saint-Germain, B. Lieutaud, Vandernasse et E. Roy. 

Il possédait, en propre, quelques modèles et fit appel à l'émailleur Chaillou, mais il semblerait que c'est avec Martinière qu'il ait collaboré pour ses plus belles réalisations, notamment celles destinées à la famille royale (Inventaire après décès de Jean-Baptiste Baillon, en date du 28 avril 1772 - Arch. nat. MCET/CXVII/857) ou à la couronne d'Espagne. Sa clientèle fut à la mesure de sa réussite et comprit tout ce que la ville et la cour comptaient de personnes distinguées. Les fleurs de lys visibles sur ses cadrans sont, sans nul doute, à rapprocher de ses fonctions...


4ème génération


Jean-Baptiste IV Albert BAILLON
(3 septembre 1752 - Paris, 1773)

Reçu Maître, le 7 octobre 1772


Il est le fils de Jean-Baptiste III Albert, avec lequel il travailla et dont il poursuivit très brièvement l'activité. 

Sa veuve est citée rue Thevenot à Paris, en 1778.


Les BARADELLE

Dynastie de Maîtres Fondeurs spécialisés dans la fabrication d'instruments scientifiques et de mathématiques mais, aussi, de pièces d'horlogerie.


Jacques-Nicolas Baradelle
1701 - 1770

Reçu Maître Fondeur, en 1725


Jacques-Nicolas Baradelle est le Filleul du célèbre Astronome, Jean-Dominique Cassini (1625 - 1712).

Il commence son apprentissage chez Jacques Le Maire, qu'il poursuit chez Nicolas Bion, un autre Maître Fondeur, avant de s'installer quai des Morfondus, où il est mentionné dans l'Almanach du Dauphin..

Il est marié avec Claude-Nicole Le Redde, dont il a trois enfants : Nicolas-Alexandre, Louis-Jacques et Nicolas-Eloy.

Il est reçu Maitre Fondeur en 1725, date à laquelle il s'établit quai de l'Horloge du Palais à l'enseigne de l'Observatoire (1725 - 1764) où, ayant obtenu le titre d'Ingénieur du Roi, il se spécialise dans la fabrication d'instruments scientifiques et de mathématiques. Il réalise des instruments de navigation, des cadrans solaires, des anneaux équinoxiaux, dont certains de grande dimension, des sphères astronomiques et géographiques mais, également, des pièces d'horlogerie de très belle facture, ainsi que des écritoires portatives, dites "à la Baradel". Les ventes Fonspertuis en 1748 (lot n° 36) ou Duvaux, font mention d'un "Baradel d'or et un cornet en Baradel doré d'or moulu"


Nicolas-Alexandre Baradelle
dit Baradelle l'Ainé

Reçu Maître Fondeur, le 10 mars 1761

 


Fils ainé du célèbre fabricant d'instruments Jacques-Nicolas Baradelle, Nicolas-Alexandre, tout d'abord apprenti chez son père, devient Maître Fondeur en 1761. Il obtient à son tour, comme son père, le titre d'Ingénieur du Roi. Il réside à Paris, rue Saint-Louis en 1762, puis place Maubert, en 1765. C'est en 1782, date à laquelle il demeure quai de l'Horloge du Palais qu'il établit le catalogue de vente de la collection des instruments de mathématiques rassemblés toute sa vie durant par feu le marquis de Courtanvaux. 

En 1791, il devient Commissaire des Corps et Communautés supprimés et par conséquent, responsable du transfert de leurs biens dans les dépôts généraux de la République.


Louis-Jacques Baradelle
dit Louis-Jacques l'Ainé

Reçu Maître Fondeur, le 19 juin 1778


Fils de Jacques-Nicolas Baradelle, Maître Fondeur et Claude-Nicole Le Redde, il est reçu Maître Fondeur, le 19 juin 1778, comme fils de Maître.

Il obtient, comme son père et son frère, le titre tant convoité d'Ingénieur du Roi pour les instruments  de mathématiques.

Il s'installe successivement Quai de l'Horloge du Palais (1782), rue du Coq Saint-Honoré (1789) et Rue Croix-des-Petits-Champs (1814)


Nicolas-Eloy Baradelle
né à Paris en 1748


Fils de Jacques-Nicolas Baradelle, Maître Fondeur et Claude-Nicole Le Redde, il est reçu Maître Fondeur, le 8 août 1771, comme fils de Maître et domicilié Quai de l'Horloge du Palais (1782 - 1789)
François VION

vers 1737 - après 1790
Reçu Maître Fondeur, le 17 février 1764


Après avoir été apprenti chez Edmé Roy, en 1754, il fut reçu Maître Fondeur, le 17 février 1764.

Qualifié de ciseleur et de doreur, il compta parmi les meilleurs bronziers de son époque.

Sa grande spécialité semble avoir été les boîtes de pendule, plusieurs d'entre-elles représentent des animaux porteurs de cadran, comme des lions, des chevaux ou des taureaux. Il exécute également des figures, dites classiques, telles les trois Grâces, dont un exemplaire doté d'un mouvement de Lepaute, fut livré pour la comtesse du Barry au Château de Fontainebleau (Musée du Louvre), ou une autre dédiée à la Gloire des Princes. Le Musée de Besançon possède une pendule de lui surmontée de Vénus accompagnée de putti, d'après un modèle d'Etienne-Maurice Falconet.
Les YOUF

Probablement trois frères originaires de Normandie, qui exercèrent le métier d'ébéniste sous l'Empire et la Restauration.


Jean-Baptiste-Gilles YOUF
(30 mai 1762 - 1837)

Fils de Gilles Youf et de Jeanne-Marie Guérin, né à Bayeux le 30 mai 1762. Il était déjà établi à Paris lorsqu'il se maria le 9 novembre 1795 avec Anne Couard. A partir de 1799, il est cité dans les Almanachs du Commerce, 941, puis 35, rue du Bac, où ses frères vinrent peut-être le rejoindre, car on peut penser que, grâce à la proximité de l'hôtel de la rue de la Chaise, où habitait la princesse Elisa, sœur de Napoléon, celle-ci les choisit et leur demanda de venir à Lucques, où elle désirait établir une manufacture de meubles.

Il est difficile d'établir la part de chacun, mais il paraît probable que Jean-Baptiste-Gilles resta à Paris dans son petit atelier. Il fut créancier dans la faillite du marbrier C.F. Gillet puis, comme beaucoup de ses confrères, il fut touché par la crise et fit faillite le 19 décembre 1810. Il obtint un contrat d'union, le 7 août 1811. 

L'inventaire fait lors de sa faillite montre, d'après l'expertise de J.-B. Demay, qu'il comportait quatre établis, seulement une petite réserve de bois ordinaires et d'acajou, quelques meubles en acajou, commodes, secrétaires, tables à gradins et toilettes. Youf était absent lors de la pose des scellés ; c’était une amie, Louise-Victoire Janvier, qui devint ensuite sa seconde femme, qui y assista ; toutefois il revint pour l'évaluation de son atelier. 

La chute de l'Empire ne l'empêcha pas de continuer ses activités ; en 1814 - 1815, il obtint une importante commande de Morten-Michael Kallevig, habitant à Arendal en Norvège, de cent vingt chaises gondole en acajou, d'un meuble à hauteur d'appui en acajou, flanqué de cariatides en bronze doré et de candélabres portés par des femmes drapées en bois sculpté, posés sur deux colonnes et deux trumeaux. 

Musées

Norvège, Arendal, Aust-Agder-Museet : huit chaises gondole en acajou. Meuble à hauteur d'appui ouvrant par deux portes, un tiroir sous la ceinture, dessus de marbre. L : 1.25 m ; P 0.95 m. Deux candélabres formés de cariatides en bois sculpté, portant sur leur tête un candélabre à trois branches. Le tout posé sur une colonne cannelée en acajou. H de la colonne : 0.85 m ; H des candélabres : 0.77 m. Deux trumeaux en acajou et bronze doré. H : 1.85 m ; L : 0.98 m.


Jean-Baptiste YOUF


Fils de Gilles Youf et de Jeanne-Marie Guérin, qui s'établit avec son autre frère Sébastien en Italie, où l'un des deux (ou les deux) créa une manufacture à Lucques sur la demande de la princesse Élisa en 1805. 

L'établissement fut installé d'après les ordres de la princesse à Lucques dans une partie du monastère des Carmélita. Sous l'impulsion d’Élisa, qui lui fit meubler les palais de sa nouvelle principauté, l'entreprise prit rapidement une grande extension ; en 1807, il se plaignait de manquer d'ouvriers. 

En 1808, Elisa devint grande duchesse de Toscane et, résidant souvent à Florence, elle chargea Youf d'une grande partie de l'ameublement des appartements du palais Pitti ; elle obtint alors de l'Empereur de faire payer un certain nombre d'objets par le Garde-meuble, ce qui permet aujourd’hui de retrouver aux Archives nationales le libellé exact des commandes.

Tout prouve l'importance de la manufacture Lucquoise, qui a dû être une des plus importantes de Toscane. En 1811, les demandes, pour obtenir des ouvriers, sont signées par Sébastien ; et le 26 août, on lui réclame les meubles qu'il devait livrer pour Florence : on les attend pour garnir un château que S.A.I. ne peut habiter par ce retard. Il est donc très difficile de différencier l’œuvre des Youf. En Italie, il continua à livrer de beaux meubles, pour les Bourbon, exécutés vers 1818 et conservés au palais Pitti (ces meubles portent le chiffre C.-B. couronné). On ignore jusqu'à quel âge il continua à travailler. Il resta peut-être seul en Italie puisque nous retrouvons Sébastien à Paris en 1819.

Commandes Officielles

  • Palais Pitti, pour S.A.I. la grande duchesse en 1812 : un grand lit, 2 100 F ; une table à coulisse d'acajou à 1 800 F. 
  • Pour la résidence de Marlia, pour la grande duchesse, en 1812 : un secrétaire en orme à 1 000 F, et une table à déjeuner de même bois à 200 F.
  • Pour le palais de Lucques, le 21 mars 1812 : quatre tables à jeux en bois d'acajou, couvertes en drap vert, et quatre autres tables en acajou.

Musées

Palais Pitti : secrétaire à abattant en acajou et bronze doré, le bas à trois tiroirs, flanqué de quatre griffons en bronze doré, le haut à abattant surmonté d'une pendule. Signé ; vers 1818. Guéridon en acajou et bronze doré, porté par trois groupes de deux petites colonnes décorées de guirlandes de lierre en bronze doré, dessus de marbre granit d'Elbe. Grand bureau à coffre double face en acajou, posé sur un socle ; il comporte trois tiroirs de chaque côté, et un grand tiroir sous la ceinture ; à chaque angle deux colonnes accouplées. Signé Youf, ébéniste de la grande duchesse de Toscane, rue Neuve à Lucques, 1809.

Collections Particulières

Table à écrire de forme ovale en acajou et bronze doré, posée sur un socle ; deux pieds en forme de lyre. Castello, villa Petraia (Repr. dans J.-B. Youf par Derrick Worsdale).



Sébastien YOUF


D'après plusieurs textes tirés des archives de Lucques, c'est lui qui est indiqué comme ébéniste de la princesse Élisa en 1807 et 1811 ; il réclame des ouvriers, puis se fait réprimander car il est en retard dans ses livraisons.

 Après la chute de l'Empire et le départ de la princesse Élisa, il revint à Paris ; une facture datée de 1819 indique qu'il est fabricant de meubles en acajou ; il tient une fabrique et un magasin de meubles des plus assortis et du plus nouveau goût, tient aussi les albâtres, qu'il devait se faire envoyer d'Italie.

Installé 28, rue de Cléry en 1819, puis 43, boulevard Saint-Martin, il s'établit 48, rue Meslay de 1827 à 1842. Il présenta à l'Exposition des produits de l'industrie française de 1827 deux tables de salon de fort bon goût et d'un beau travail, et obtint une médaille de bronze pour ces meubles parfaitement exécutés.

Il n'obtint pas le rappel de sa médaille en 1834, mais M. de Moléon, l'un des rapporteurs du jury signalait alors que "...ce n'a pu être que l'effet d'une omission...car M. Youf la mérite d'autant plus [...] que son exhibition était manquante".

Il fit faillite le 5 novembre 1841 ; l'actif était de 32 000 F  et le passif de 21 961 F. Il obtint son concordat en mars 1842, mais il dut abandonner l'actif.

Musées 

Musée national de château de Fontainebleau : guéridon en acajou orné de bronze doré, porté par cinq pieds en console sur un socle en étoile, dessus de marbre blanc. Il fut envoyé en 1863 à Fontainebleau pour l'appartement du Prince Jérôme ; estampillé.



Musée national du château de Fontainebleau


Collections Particulières

Grand Guéridon en acajou et bronze doré, porté par cinq pieds en console, posé sur un socle en étoile, le bas des pieds orné de têtes de sangliers et le haut de cornes d'abondance ; dessus de marbre blanc. (Torino, galleria C. et G. Rossi)


 Turin, Anc. coll. C. et G. Rossi

Ventes

Semur-en-Auxois, 12 octobre 1986 : console en acajou ornée de bronzes dorés, assortie au guéridon conservé au château de Fontainebleau. Repr. in Gazette de l'hôtel Drouot n° 34, 1986
Hôtel Drouot, 2 décembre 1987, n° 127 : travailleuse en placage d'érable moucheté et filets d'amarante, la partie haute en forme de coffret à couvercle à doucine et base arrondie. Elle repose sur un piétement en X relié par une tablette ovale. Elle ouvre par un tiroir à nombreux casiers. Époque Charles X. Estampille de Youf. H : 0.80 m ; L : 0.55 m ; P : 0.39 m


Bibliographie

"Le Mobilier Français du XIXème Siècle"
  Denise Ledoux-Lebard
  Les Éditions de l'Amateur - 1984


 

Jean CAUMONT
1736 - 4 septembre 1800

Reçu Maître le 14 décembre 1774

 

Établi rue Traversière, il prendra une part active à la Révolution, au cours de laquelle il sera élu au tribunal de commerce. Sa carrière d'ébéniste semble avoir été consacrée en grande partie à la fabrication de commodes et de secrétaires dont un nombre important a subsisté. Mais de lui, on connait aussi des bureaux à cylindre, des bonheurs-du-jour, des tables, des coiffeuses, des guéridons, etc.

Les styles Transition et surtout Louis XVI dominent son œuvre. Dans l'un comme dans l'autre, on ne trouve que quelques meubles plaqués d'acajou ou de satiné car il préfère les marqueteries de bois de couleur, dont il orne la plus grande partie de sa production. Il s'agit de branchages fleuris, de vases et de corbeilles, d'attributs de la Musique ou du Jardinage, d'objets divers et aussi de paysages avec architectures. Ces motifs sont parfois enrichis d'incrustations de nacre et d'ivoire, comme c'est le cas sur une commode Louis XVI vendue à Versailles en 1983. On trouve aussi, sur un secrétaire louis XVI à pans coupés (celui-là même, semble-t'il, que Salverte situait au château d'Ognon, près de Senlis), une composition dans le goût de celles fréquemment traitées par Bircklé, mais interprétée ici dans un style différent. Elle représente un bureau chargé d'instruments de musique, posés sur un carrelage blanc et noir surmonté d'une draperie (Drouot, 1987).

Ces marqueteries, très décoratives figurent principalement sur des commodes à léger ressaut, Transition aussi bien que Louis XVI, et sur des secrétaires souvent ornés aux angles de cannelures simulées. A signaler encore quelques meubles dont les pieds sont marquetés de cannelures torses, également simulées. Nombre de commodes Louis XVI reposent sur des pieds gaines de section carrée. 

Jean Caumont cessera son activité en 1795 et transmettra son atelier à son fils Claude Emmanuel.


Bibliographie

"Le Mobilier Français du XVIIIème Siècle"
  Pierre Kjellberg
  Les Éditions de l'Amateur - 2002


David-Frédéric DUBOIS

(né à La Chaux-de-Fonds, mort avant 1789)


D'abord Négociant à La Chaux-de-Fonds, il fut reçu Maître, le 7 août 1780, et s'installa rue Saint-Honoré en 1781. Il signa ses mouvements "D.F Dubois".

Pendant sa courte période de production parisienne, il commercialisa des pendules de très grande qualité dans des caisses de François Vion, Viollet et B. Lieutaud, dont certaines dorées par François Rémond. 

Il collabora, aussi, avec Jean-Baptiste Furet et utilisa des cadrans émaillés par Pierre Bézelle.
Antide JANVIER

1751 -1835


Fils de Claude-Etienne Janvier, agriculteur et horloger et de Françoise Tournier, Antide Janvier naquit dans la paroisse de Saint-Romain à Brive, un hameau faisant aujourd'hui partie de l'arrondissement de Saint-Claude. Il fut baptisé le jour même de sa naissance le 1er juillet 1751 dans l’église de Saint-Lupicin, et reçut le prénom de son parrain qui était probablement son grand-père. Trois ans plus tard naquit son frère Joseph et peu après Claude-Étienne déménagea à Saint-Claude (Rue Neuve) pour se consacrer entièrement à l'horlogerie. Après le décès prématuré de sa femme, il dut élever tout seul ses deux fils et confia Antide âgé de douze ans, sans doute déjà initié à l'horlogerie, aux soins de l'Abbé Jacques-Joseph Tournier (1690-1766). Tournier, malgré quelques idées aberrantes, fut un passionné de mécanique, d'astronomie et de l'application de l'une à l'autre. Plus tard, Janvier écrivit de lui : "Il possédait parfaitement l'art de calculer les rouages et de juger de leur effet ; il m'enseigna les éléments de cet art". En même temps, Tournier transmit à son élève une bonne connaissance du latin et peut-être un goût pour le symbolisme occulte qui le conduisit à adhérer à la franc-maçonnerie.

Très doué et sûrement influencé par son mentor, Janvier, âgé d'à peine quinze ans, entreprit peu avant le décès de Tournier la construction d'une sphère planétaire qu'il présenta en 1768 à l'Académie des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Besançon où elle fut très applaudie. Après un séjour de trois ans à Besançon, où il restaura, avec quelque maladresse, l'horloge à calendrier et astrolabe qui avait appartenu vers 1545 au Cardinal Granvelle, il rentra à Saint-Claude. Là, il travailla de nouveau sur les sphères planétaires dont une fut peut-être montrée à Louis XV pendant une brève visite à Paris en 1773. En 1775, il présenta une deuxième paire de sphères à l'Académie de Besançon avant de s'établir comme horloger à Verdun où il épousa sa première femme Anne-Catherine Guyot. En 1783, il obtint le titre d'Horloger-mécanicien de Monsieur, frère du Roi.

En 1784, Janvier retourna à Paris où, grâce au soutien de l'astronome Lalande et de Papillon de la Ferté, Intendant des Menus-Plaisirs, il fut reçu par Louis XVI qui lui acheta sur-le-champ une paire de sphères mécaniques (l'une ptolémaïque, l'autre copernicienne), enthousiasmé par ses travaux le roi le rattacha à l'administration des Menus Plaisirs. La même année, il s’installa définitivement à Paris. Là, il reçu commande d'une horloge polycamératique pour l’École Lyrique avec la charge de l’entretenir.  Le contrat lui attribuait un logement dans l'école et, par conséquent, la liberté de pratiquer son art en dehors de la juridiction de la communauté des horlogers de Paris.

Ainsi établi et jouissant d'une réputation européenne, Janvier créa des mécanismes savants et entreprit la fabrication d'une longue série d'horloges originales et de très grande qualité pour la haute société parisienne et la Cour. Pour cette clientèle exigeante et savante il fabriqua des pendules à la fois décoratives et sophistiquées et sut s'entourer des meilleurs artisans de l'époque pour parfaire ses créations. Pour les caisses et l'ébénisterie, les interventions de Schwerdfeger, Jacob et Riesener sont avérées tandis qu'il collabora avec le bronzier Martincourt et les célèbres émailleurs Coteau et surtout Dubuisson pour décorer les cadrans. Parallèlement, il produisit des pièces exceptionnelles, telle son horloge des marées et, plus tard son horloge départementale qui indiquait l'heure dans chacun des nouveaux départements. Néanmoins, sa passion pour les horloges astronomiques ne fléchit pas, et de temps à autre il fit l’acquisition d'objets comme l'une des sphères de Pigeon et une horloge en forme de globe conçue par Outhier et Catin.

A la chute de la monarchie et la disparition de la cour en 1792 (l'année du décès de sa femme), Janvier s'adapta au nouveau régime. En 1793, il demanda et obtint un appartement au Louvre, signe de sa reconnaissance, et entreprit des missions pour la Commission temporaire des Arts qui le chargea de dresser l'inventaire de "toutes les machines métiers, instruments et autres objets utiles à l'instruction publique, appartenant à la nation". Devenu membre de cette commission chargée de localiser et d’inventorier les biens culturels confisqués, pour les mettre à la disposition des établissements publics et malgré de telles obligations, Janvier entama à ce moment la décennie la plus féconde de sa vie, créant de nouveaux modèles de pendules et réutilisant de plus anciens. Entre 1788 et 1801, il réalisa notamment ses deux chefs-d’œuvre : les pendules astronomiques à quatre faces couronnées par des sphères mécaniques. La première des deux, acquise par Louis XVI en avril 1789, fut placée aux Tuileries et disparut dans l'incendie de 1871. La seconde est aujourd’hui conservé dans une collection privée étrangère (voir A. Kugel, Sphères, l'art des mécaniques célestes, cat. expo. galerie J. Kugel, Paris, 2002).

A partir de 1803-1804, Janvier profita d'un appartement spacieux au Collège des Quatre Nations rebaptisé Collège des Arts, lequel devint, en 1805 le siège permanent de l'Institut National. Il vécut là presque tout le reste de sa vie, mais dans des conditions financières de plus en plus difficiles. En 1810, il se mit en faillite et une bonne partie de son stock fut vendu aux enchères. Néanmoins, il resta actif, écrivit plusieurs ouvrages, participa à des expositions nationales, mais il ne parvint jamais à terminer la restauration de l'étonnante pendule astronomique de Passemant à Versailles. En 1818, il se remaria avec Sylvie-Thérèse de la Tour (1779-1859). Malgré un caractère de plus en plus difficile, Janvier fut aidé jusqu'à la fin de sa vie par une poignée d'amis fidèles et notamment son ancien élève B.H. Wagner. La mort l'emporta le 24 octobre 1835.

Durant sa vie, longue, active et turbulente, Janvier produisit à peu près six cents pendules. Nous en connaissons aujourd'hui à peine le dixième mais elles suffisent à illustrer son génie. Ces pendules sont toutes d'une haute originalité, la complexité de leurs cadrans et mécanismes contrastant avec la sobriété de leurs caisses. Pierre Mesnage caractérise ainsi l’œuvre de Janvier : "Au-dessus de tout, caractère d'instrument scientifique donné à l'horloge, mais souci esthétique extrêmement vif dans la sobriété décorative: complication des fonctions, mais simplicité de leur réalisation par des mécanismes et des rouages particulièrement judicieux ; classicisme des solutions proprement horlogères comme les échappements ou la compensation, mais remarquable variété d’inventions dans  les combinaisons cinématiques ; enfin perfection de l'exécution aussi bien dans les mouvements que dans les parties accessoires".



Références Bibliographiques

Augarde, Jean-Dominique & Ronfort, Jean Nérée, Antide Janvier, mécanicien-astronome, Horloger ordinaire du Roi, Paris 1998

Gros, Georges, 'Andide Janvier, éléments biographiques à l'occasion du bicentenaire de sa naissance, 1751-1951', Bulletin de l'ANCAHA, XVII, 1977, p. 106-26

Hayard, Michel. Antide Janvier 1751-1835, horloger des étoiles, Villeneuve-Tolosane, 1995

Mesnage, Pierre, 'L’œuvre horlogère d'Antide Janvier', Bulletin de l'ANCAHA, XV, 1975, p. 7-38

Reverchon, Léopold, 'Antide Janvier, horloger-astronome (1751-1835)', Annales françaises de Chronométrie, 1935, p. 242-253