Pierre NOGARET
Paris 1718 - Lyon 23 août 1771

Reçu Maître
à Lyon en juin 1745

Pierre Nogaret est le plus connu des Maîtres-Menuisiers de province.

Son patronyme indiquerait, selon Albert Dauzat, un endroit planté de noyers : coïncidence étonnante, lorsque l'on sait que les sièges qu'il a réalisé étaient faits très souvent de bois de noyer...

Il est né à Paris en 1718 où il effectue son apprentissage puis son compagnonnage. Il vient à Lyon en 1743 et entre, comme compagnon, chez un certain François Girard. Il épouse Anne Muguet, est reçu Maître-Menuisier en 1745 et ouvre son propre atelier, Petite rue Saint-Romain, dans le quartier traditionnel des artisans du meuble sur la rive droite de la Saône. Il est nommé d'abord "courrier", puis "maître-garde" de sa corporation, le 9 février 1771.


Ne sachant pas s'il y avait à Lyon, comme c'était l'usage à Paris, une distinction corporative Menuisier-Sculpteur, il n'est pas impossible que Nogaret ait sculpté ses sièges dans son atelier. Ce que nous savons, en revanche, c'est qu'il collabora avec son beau-frère, François Canot (Paris 1721 - Lyon 1786), Menuisier à Lyon et peut-être sculpteur ?

Nogaret produisit aussi bien des sièges Régence que Louis XV ou Transition, presque toujours en bois de noyer ciré et, pour la plupart garnis de canne.

Courbes et contre-courbes, accentuées d'agrafes et de rinceaux à crosse, animent principalement les fauteuils "en cabriolet". On retrouve ces lignes tourmentées sur des chaises et des fauteuils "à la reine".
Les consoles d'accotoir en "coup de fouet", les pieds robustes au galbe accentué, les moulures énergiques, le décor floral -bouquets de fleurs, pivoines, rinceaux feuillagés- sculpté avec vigueur, sans surcharge, bien intégré aux structures, caractérisent sa production.  On trouve, à Paris, un dessin semblable chez des menuisiers, tels Heurtaut, Tilliard ou Cresson...



De nombreux détails techniques lui sont propres, comme l'élargissement des traverses de ceinture ou la disposition d'une barre de renfort entre ces traverses. Enfin, à l'exception des sièges en bois doré qui, pour des raisons évidentes, étaient marqués à l'intérieur de la ceinture, il apposait toujours son estampille sur une partie visible, soit de manière horizontale en bas au revers du dossier, soit de manière verticale sur le montant d'un des pieds postérieurs au niveau de l'assemblage. 

Sa carrière, qui s'étend de 1745 à 1771, verra sa notoriété se développer progressivement à travers le royaume pour gagner ensuite, d'autres pays en Europe. La proximité géographique de la Suisse lui permettra de satisfaire une clientèle genevoise et vaudoise séduite par le langage ornemental de sa production, plus en retenue et moins ostentatoire que celui des créations parisiennes, qui répondait mieux au calvinisme ambiant. 

Pierre Nogaret meurt à Lyon, le 23 août 1771. Sa veuve vend son fond d'atelier au menuisier Nicolas Parmentier (1736-1801), le 29 septembre 1772. L'acte de vente fait état de 9 établis (soit 8 compagnons ou apprentis) et d'un nombre considérable de sièges qui sont cédés à ce confrère.



Bibliographie

"Le Mobilier Français du XVIIIème Siècle"
  Pierre Kjellberg
  Les Éditions de l'Amateur - 1989


"Nogaret et le Siège Lyonnais"
  Bernard Deloche
  Jean-Yves Mornand
  Jacques André Éditeur - 2008


"Les Ébénistes du XVIIIe siècle"
  Comte François de Salverte
  F. De Nobele, Paris - 1962


"L'Art et la Manière des
  Maîtres Ébénistes Français au XVIIIe siècle"
  Jean Nicolay
  Éditions Pygmalion - 1976


"L'Art du Siège au XVIIIe siècle en France"
  Bil G.B. Pallot

  A.C.R. - Gismondi Éditeurs - 1987

"Dictionnaire des Artistes et Ouvriers d'Art de la France "
  Tome II
  Marius Audin et Eugène Vial
  Bibliothèque d'Art et d'Archéologie - Paris, 1919 

"Nogaret et sa manière de galber un siège Louis XV"
  André Ferrier

"Connaissance des Arts N° 88 (juin 1959)" 

 
Pierre NOGARET
Paris 1718 - Lyon 23 August 1771

Master in Lyon on June 1745



Chair joiner in Lyon. Born in Paris in 1718, died in Lyon in 1771. He served his apprenticeship and probably his journeymanship as well in Paris. He moved to Lyon permanently around 1743. He entered the workshop of one François Girard as a journeyman, and in 1744 he married Anne Muguet. In 1745 he became a master joiner, and set up in the Petite Rue Saint-Romain. He was named "courrier", and later "maître-garde" of his guild. We do not know if there was a demarcation between the trades of joiner and carver in Lyon, and hence whether or not Nogaret carved his chairs in his workshop. He collaborated with his brother-in-law François Canot (Paris 1721-Lyon 1786), who was a joiner in Lyon, and perhaps also a carver. 


Nogaret made Regence, Louis XV and Transitional style chairs. Their shapes are highly individualistic, based on undulating lines, which can be seen on his famous coup de fouet (literally "whiplash") console. A similar design was used in Paris by joiners such as René Cresson and Nicolas Heurtaut. 

Most of his chairs were made black walnut, like those of the other Lyon joiners, and left with a natural finish. Many of the technical details are exclusive with him, such as reducing the dimensions of the seat-rail crossbars, and the placing of a supporting brace between the seat rails. Lastly, he often put his stamp in a visible site, at the bottom of the chair back.

Bibliography

"The art of the chair in eighteenth-century France"
   Bill G.B. Pallot
   A.C.R. - Gismondi Editeurs