Les Gourdin

Illustre famille de la rue de Cléry, les Gourdin comptèrent parmi leurs membres trois menuisiers : Jean, le père, Jean-Baptiste, le fils aîné et Michel, son frère.
A la tête de trois ateliers distincts, chacun d'eux sut se concilier une clientèle prestigieuse et répondre à d'importantes commandes. Du Régence au Louis XVI, leurs réalisations racontent l'histoire des styles, dont ils donnèrent parfois des interprétations très personnelles.

 
Jean GOURDIN
(dit Père Gourdin)


vers 1690 - 3 avril 1764

Reçu Maître en 1714 





Jean Gourdin, dit Père Gourdin, peut être considéré comme le fondateur de la célèbre dynastie de menuisiers active à Paris tout au long du 18e siècle.
Après avoir fait enregistrer ses lettres de maîtrise, il s'installa rue de Cléry à l'enseigne de « Saint-Jacques ».
 

Sa carrière se déroule en plein règne de Louis XV (il est mentionné entre 1737 et 1763) et ses ouvrages appartiennent tous au style de cette époque, quand ils n'offrent pas des réminiscences du goût de la Régence. C'est le cas notamment de certains fauteuils cannés sculptés d'acanthes et de coquilles. Les autres (des fauteuils, des bergères aux amples proportions, au galbe d'une sobre élégance, au décor discret) témoignent d'une classe incontestable que l'on retrouvera d'ailleurs dans la production de ses deux fils, Jean-Baptiste et Michel. 

Il utilisa deux estampilles. La première est faite du monogramme "IG". Il l'utilisa avant l'obligation d'estampiller datant de 1743, et continua de l'apposer sur certains modèles. La seconde "Père Gourdin" fut choisie, pour se distinguer de ses fils, en raison de leur prochaine arrivée dans le métier. Elle apparut avant 1748, année où Jean-Baptiste accède à la maîtrise.

Il compta, parmi sa clientèle, des commanditaires prestigieux tels que la Marquise de Courcillon, le Comte Charles-Gustave Tessin (1695-1770), l'Ambassadeur à la Cour de France pour le Royaume de Suède, l'Intendant des Finances Charles-Henry II Malon de Bercy et bien d'autres...
Il participa également à d'importants chantiers comme l'Hôtel de la rue de Varenne pour la Duchesse de Mazarin : Françoise de Mailly (1688-1742), dame d'atour de la Reine et veuve du Duc de Mazarin, s'installa en 1736 au numéro 61 de la rue de Varenne, dans le faubourg Saint-Germain. Ce chantier devint célèbre quant à l'asymétrie et le rocaille qui y règnaient. Jean-Baptiste Leroux en fut l'architecte, Hébert fournit les porcelaines et Jean Gourdin, associé à Jean-Baptiste Tilliard, réalisa les ouvrages de menuiserie.
La seconde commande à laquelle il participa fut celle du château d'Asnières, acheté en 1750 par Marc-René de Paulmy d'Argenson, Marquis de Voyer (1722-1782), grand militaire, maréchal des Armées du Roi, qui devint, en 1751, chargé des haras de Sa Majesté. Il voulait se rapprocher de la Cour et posséder une demeure qui le mettrait en valeur. Les travaux débutèrent alors, dirigés par Mansart de Sargonne et les Pineau. Ici, la profusion des décors rocailles et la robustesse des lignes étaient présentes, mais la symétrie règlementait désormais le tout. 
Il est à noter que les Pineau et Jean Gourdin travaillèrent ensemble sur plusieurs autres chantiers, dont celui de la Duchesse de Mazarin, bien qu'ils se fussent rencontrés auparavant en privé. 
Trois châteaux possèdent plusieurs de ses œuvres : celui de Montgeoffroy (Anjou), où le Maréchal de Contades fit de nombreux aménagements en vue de sa retraite, celui de Thoiry (Yvelines) et enfin celui de Condé (Brie).


  
Jean-Baptiste GOURDIN

Reçu Maître le 26 mars 1748



Fils ainé de Jean Gourdin, il possède un atelier rue de Cléry à l'enseigne du "Nom de Jésus", à proximité de celui de son père. Parmi ses clients figure le Prince de Soubise. Sa production, qui se prolongea jusqu'au début du règne de Louis XVI, comporte des modèles classiques sans originalité particulière (lits de repos, chaises longues, fauteuils, bergères) mais où l'on retrouve la noblesse des proportions, l'élégance des lignes, la retenue, mises en honneur par Gourdin le Père. La plupart de ses ouvrages sont de style Louis XV mais on connaît quelques sièges Transition ou Louis XVI qui évoquent parfois les dessins de l'ornemaniste Delafosse. Le décor sculpté, tracé avec vigueur, reste, sauf exception, assez réduit. 

Au chapitre des modèles exceptionnels, citons des sièges Louis XV cannés finement sculptés, pourvus d'un dossier asymétrique des plus originaux. Deux fauteuils et deux chaises de ce type faisaient partie de la collection Jules Strauss (vente à Paris en juin 1979), et deux chaises de la même série ont été vendues en novembre 1987. Toujours dans le style Louis XV, un très grand canapé à confidents mobiles, sculpté de cartouches, appartenait à la collection Léderlin, vendue à Paris les 22 et 23 mars 1933, une grande bergère Louis XV à pieds et ceinture antérieure amovibles permettant de la transformer en chaise longue, est passée en vente à Paris le 20 décembre 1954 et quatre fauteuils à la reine en bois doré, somptueusement sculptés, faisaient partie de la collection Roberto Polo dispersée à Paris le 7 novembre 1991.
Signalons encore un curieux petit fauteuil canné Louis XV en bois mouluré pourvu d'un haut dossier violoné (exposition des Grands Ébénistes, Paris 1955-1956) et, plus insolite, un très rare fauteuil Louis XV à la reine "de présentation" dont les ornements sculptés sont différents de chaque côté. Ajoutons enfin que dix fauteuils de Jean-Baptiste Gourdin figurent dans les collections royales d'Angleterre.



  Michel GOURDIN

Reçu Maître le 3 mai 1752



Fils cadet de Jean Gourdin, il travaille lui aussi rue de Cléry durant une trentaine d'années, peut-être dans l'atelier de son père. Quoi qu'il en soit, Michel Gourdin, dit le Jeune, signait de sa propre estampille. Elle figure sur quelques sièges du Mobilier national, ce qui laisse à penser qu'il aurait travaillé pour la Couronne. Il a produit, comme son frère Jean-Baptiste (certaines séries de sièges identiques sont indifféremment signées de l'un ou de l'autre), des modèles Louis XV, Transition et Louis XVI, sobres et de belles proportions, habilement sculptés. Chefs-d’œuvre du genre : quatre fauteuils Louis XV à châssis, sobrement sculptés de petites roses, de marguerites et de feuillages, font partie de la donation Grog-Carven au musée du Louvre. La grande classe de ces sièges réside dans le rythme exceptionnel des lignes, dans la fermeté et l'harmonie des moulures, qui conservent le mouvement de la rocaille mais en rejettent les excès décoratifs.

Autre production digne d'intérêt : les fauteuils Transition. Michel Gourdin en a laissé un certain nombre où le décor finement sculpté d'entrelacs et d'acanthes néo-classiques s'inscrit sur des formes galbées encore Louis XV. La Wallace Collection de Londres en conserve six qui ont probablement été livrés au Prince de Condé pour son palais du Temple avant d'entrer dans la collection du Duc d'Orléans au château d'Eu. Un fauteuil d'un modèle similaire, mais à dossier bas de proportions insolites, se trouve au musée de Saint-Omer.
Outre des chaises et des fauteuils, Michel Gourdin a aussi exécuté des chaises longues, des lits de repos et même des paravents. L'un de ceux-ci, à quatre-feuilles, d'une très belle qualité de sculptures, faisait partie de la collection Blumenthal vendue à la galerie Georges-Petit les 1er et 2 décembre 1932. Cet ébéniste a reçu des commandes importantes. Il a livré notamment au Marquis de Contades une grande partie des sièges, restés en place depuis lors, du château de Montgeoffroy, pour lequel son père a aussi travaillé.


Les Gourdin


Large family of Parisian chair joiners, three principal members. Unfortunately, we have found very few documents relating to them


Jean GOURDIN
(or Père Gourdin)

around 1690 - 3 April 1764

 Master in 1714

He became a master joiner circa 1715, and set up in the rue de Cléry at the sign of "Saint Jacques". He worked for Malon de Conflans de Bercy from 1740 to 1752, and in 1737 with Jean-Baptiste Tilliard for the Duchesse de Mazarin's Hôtel in the rue de Varenne. He worked until about 1765. His daughter, Marie-Anne, married a joiner, Jean Avisse.

His stamp, Père Gourdin, was used at the same time as his son's stamps, first appearing in 1748-1750. Before that time (and before the 1743 status renewing the obligation to stamp) he may have used the abbreviated stamp I.G., which is found on some of his chairs.
He always produced the most original models, some of which can be considered as masterpieces of joinery. There are sometimes similarities between his work and that of Nicolas Heurtaut and Nicolas-Quinibert Foliot. He was fond of the Regence style until around 1750.


Jean-Baptiste GOURDIN

Master in 1748


Son of Père Gourdin.
He must have become a master joiner sometime around 1738, and then went to work with his father. He only recorded his master's letters on March 26, 1748, and then set up in the rue de Cléry at the sign of "Au nom de Jésus". He was active until 1776. In 1759 and 1761, he supplied chairs to the Fermier Général Fontaine de Cramayel, and also to the Prince de Soubise circa 1774. 

He made rococo, Louis XV and neo-classical chairs, and, like his brother Michel, he carried over Louis XV shapes to which neo-classical motifs were applied into the later period.


Michel GOURDIN

Master in 1752


Known as Gourdin the Younger. Son of Père Gourdin.

Became a master joiner on May 3, 1752, and set up in the rue de Cléry. Between 1770 and 1772 he supplied (although it could have been his brother Jean-Batptiste) a suite of furniture to the Dauphine's service de la chambre (in fact, a private commission from Marie-Antoinette). In 1780 he worked for the Maréchal de Contades. 

He produced Louis XV, "transitional" and Louis XVI chairs. His works are often constructed of rather jerkily flowing curves, and his neo-classical output is highly individualistic, showing a craftsman who blended Louis XV shapes and Louis XVI decoration perfectly.


Bibliographie


"L'Art du Siège au XVIIIe siècle en France"
  Bill G.B. Pallot
  A.C.R. - Gismondi Éditeurs - 1987
 
"Le Mobilier Français du XVIIIe siècle"
 Pierre Kjellberg
 Les Éditions de l'Amateur - 2002



"L’Art et la Manière des
  Maîtres Ébénistes Français" au XVIIIe siècle"
  Jean Nicolay
  Éditions Pygmalion - 1976


  L'Estampille - L'Objet d'Art

  Avril 2004
  N° 390, pages 72 à 85



"The Art of the Chair in eighteenth-Century France"
  Bill G.B. Pallot
  A.C.R. - Gismondi Éditeurs - 1989