Louis MOREAU
Mort en 1791

Reçu Maître le 27 septembre 1764


Au moment où il reçoit la maîtrise, cet ébéniste reprend, rue de l'Echelle-Saint-Honoré, "A la descente des Tuileries", le fonds de l'ébéniste Denis Genty. Comme ce dernier, il fait travailler des artisans de renom tels Bircklé, Foullet et Topino, et ne réalise lui-même qu'une partie des meubles qu'il vend. Il est possible que certains des ouvrages qui portent son estampille ne soient pas de lui. Ces meubles témoignent d'ailleurs d'un grand éclectisme qui peut justement s'expliquer par la diversité des origines. De style Louis XV, Transition ou Louis XVI, ils sont ornés de placages, de marqueteries variées (motifs géométriques, trophées, fleurs), de laque d'Extrême-Orient ou de vernis. Sur un de ces meubles en acajou, exécuté sans doute à la fin de sa carrière, une étiquette précise qu'il "Fait et tient Magazin [de différents meubles tels que] Secrétaire, Armoire, Commode, Bibliothèque, Bureau à cylindre, Table à jouer, Table Angloise d'Acajou et tout ce qui concerne la Menuiserie et l'Ebénisterie à Paris".

En matière de menuiserie, on connaît des sièges en acajou massif, dont certains à dossier ajouré qui portent son estampille et qu'il a probablement exécutés dans les dernières années de son activité. 

Louis Moreau a laissé son estampille sur de belles commodes Louis XV en laque, sur des bureaux plats, sur des meubles Transition marquetés de cubes, voire de paysages, enfin sur des commodes, des secrétaires, des consoles dessertes, une table à écrire debout, qui a figuré à l'exposition sur les Grands Ébénistes, en 1955-1956 (n° 219), des tables de jeu, des tables à la Tronchin, autant de modèles Louis XVI aux lignes nettes et rigoureuses, pour la plupart en acajou. Peu des ces ouvrages présentent des caractéristiques suffisamment affirmées pour permettre de définir une manière personnelle à l'ébéniste. On peut toutefois mentionner un groupe de meubles pour lesquels il semble avoir marqué une nette prédilection ; il s'agit de commodes demi-lune Louis XVI de grandes dimensions, ouvrant par deux larges tiroirs sans traverse, avec un tiroir en ceinture et deux portes latérales, la face et les côtés ornés de panneaux de placage ou de marqueterie cernés d'encadrement de bronze doré ou de bois sombre. Sur la ceinture court fréquemment une frise de bronze faite de rinceaux ou encore de canaux et de tiges de feuillages alternés. Les pieds fuselés sont parfois décorés de cannelures torses sur certains modèles. 

Moreau a travaillé pour une clientèle aristocratique et même pour la Cour, qui lui passa des commandes sous le règne de Louis XVI par l'intermédiaire de l’administration des Menus-Plaisirs, où l'un des ses mémoires encore conservé mentionne, parmi ses fournitures, des consoles, servantes, tables à jeu, une "table de toilette faisant secrétaire" et "un guéridon en acajou moiré de la plus belle qualité".

Après sa mort, sa veuve, Louise Lemoine, conservera son atelier, puis le laissera à son fils, qui le transféra "rue Saint-Honoré, n° 1514, vis-à-vis les Feuillants, à côté de la place des Piques", aujourd’hui place Vendôme, où il figurera jusqu'à la fin de l'Empire.


Bibliographie

"Le Mobilier Français du XVIIIe siècle"
  Pierre Kjellberg
  Les Éditions de l'Amateur - 2002


"Les Ébénistes du XVIIIe siècle"
  Comte François de Salverte
  F. De Nobele, Paris - 1962


"L'Art et la Manière des
  Maîtres Ébénistes Français au XVIIIe siècle"
  Jean Nicolay
  Éditions Pygmalion - 1976